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Hammams

  • Fanny
  • 5 juin 2016
  • 2 min de lecture

«Des silhouettes s'agitent, portent des seaux, ouvrent et referment des portes qui claquent, traînent leurs sandales sur le marbre brûlant... La vapeur hante tous les recoins de la pièce tiède tandis que l'eau s'évade, généreuse, par des vasques luisantes. On s'enivre des parfums de musc ou de laurier. Hammam, jeux de lumière et corps évanescents. Hammam, cocon prénatal duquel on aurait aimé ne jamais s'éclipser.

Après avoir paressé dans l’étuve, sur la dalle de marbre, le corps ramolli s’abandonne aux soins du rayes (gérant du hammam) qui se chargera de lui faire peau neuve. Voici venue l’heure du gommage. Experte, la main du rayes se glisse d’abord dans un gant de crin. Elle s’apprête à débusquer la saleté accumulée sur l’épiderme. Jamais timide, elle est précise, rapide. Le dos est sa première cible. Puis, elle courtise avec fermeté tout le corps qui, comme une pâte brisée, semble s’allonger au rythme de ce pétrissage vigoureux. Visage, cou, épaules, poitrine, ventre, hanches, jambes et pieds sont comme remodelés sous la pression abrasive du gant qui décrit des arabesques serrées. Rien n’échappe à la main magicienne qui continue de peler sa proie. Débarrassée de sa carapace fanée, la peau rosit et le bonheur s’installe.

​L’assistant s’approche alors, un seau à la main, et asperge la chair qui se raidit sous la fraîcheur de l’eau.

Moment bref mais violent. Tandis que l’esprit émerge brusquement de la délicieuse torpeur qui l’engourdissait, une part de soi, faire d’écailles mortes, est congédiées dans les rigoles qui évacuent les eaux. Puis le rayes passe au savonnage. Totalement camouflé sous une neige odorante, le candidat au bain se laisse docilement frictionner à mains nues. Cette étape est parfois une récréation pour les employés. Comme des gamins qui joueraient à faire des bonhommes de neige, ils prolongent avec leur client complice la séance de nettoyage. Un instant de fantaisie avant de passer à un exercice plus périlleux.

A présent peu de masseurs peuvent se targuer d’être à la hauteur de la difficulté. Le massage demande une dextérité, une précision chirurgicales. Le moindre faux mouvement provoquerait un scandale dans la confrérie ! Contorsionnistes, acrobates, les tellaks turcs, les tayebs marocains ou les mukkayes syriens maîtrisent tous les mécanismes du corps. Les membres des patients sont tirés, élongés, retroussés, disloqués. Les visages se déforment. Galerie de portraits inoubliables. On s’imagine au cirque, observant les jeux pervers auxquels assistaient la plèbe romaine : écartèlements et autres supplices. Les os craquent sous la peau souple et luisante. Les masseurs n’ont plus assez de leurs doigts de fée : ils y vont de tout leur poids, piétinant des carcasses naufragées, étirant des bras, écrasant des mollets. Mais l’assurance avec laquelle ils agissent ; la concentration qui se lit sur leur visage rassurent les plus dubitatifs. Comment s’étonner, dès lors, apprendre que masser dérive de l’arabe mass, signifiant "toucher de manière délicate" ? »

Maud Tyckaert, Hammams

Aujourd'hui la tradition du hammam libanais n'est plus qu'un souvenir et les hammams des salles vides à l'abandon ou dans le meilleur des cas restaurées. A défaut de baigneurs, la lumière continue d'y entrer...

 
 
 

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